SF1 sf2

Le PUC au féminin : Interview des entraîneurs des équipes SF1 et SF2 de basket

* en haut : l’équipe SF1 et son entraîneur, Pylou ; en bas : l’équipe SF2 et son entraîneur, Jérémy.

 

Lorsque l’on rentre dans le gymnase Kellermann, les ballons claquent sur le sol dans un chaos étourdissant.  Pierre-Yves dit “Pylou” et Jeremy supervisent respectivement l’équipe 1 et 2 des seniors féminines. L’ambiance est bon enfant. Pylou (ancien président du PUC Basket) me parle directement de cette équipe féminine de basket, créée il y a 100 ans. Le basket féminin au PUC, qui était au plus haut niveau, a effectué une descente aux enfers ces 30 dernières années.  

 

Mais, avec l’arrivée de Jeremy et d’un nouveau groupe de filles, une volonté de remonter le club apparaît : un nouvel élan est en place. L’équipe 1 gravit les divisions tandis qu’une équipe 2 est créée. Les équipes féminines augmentent leurs effectifs de 10 à 30 filles en moins de 2 ans. Les deux entraîneurs, qui prônent l’égalité des genres au PUCsont fiers de leurs équipes. Pylou citera même Louis Aragon : « L’avenir de l’homme est la femme » 

 

Pylou m’informe que le club est impliqué dans le basket féminin, tout comme les deux entraîneurs. Leur but est de faire progresser les joueuses, de tous niveaux. Jérémy appuie sur le fait que la bonne humeur prime au sein des deux équipes, que leur but est aussi que les joueuses prennent du plaisir dans la pratique. Pour illustrer la fraternité de l’équipe, Jérémy me raconte une anecdote de match : sur les dernières minutes des matchs, Pylou crie à ses joueuses « Il reste deux minutes de bonheur », quel que soit le résultat. Pylou rajoute la phrase totem de l’équipe : « L’important, c’est qu’on s’aime ».  

 

Interview de Pylou et Jérémy, entraîneurs des équipes féminines de basket au PUC  :  

 

Comment êtes-vous arrivés au PUC ?  

 Pylou : J’habitais à 150 mètres du gymnase Jean Sarrailh (ndlr : où les entraînements de basket avaient lieu) et j’étais au Lycée Montaigne, j’ai vu de la lumière et je suis entré ! J’ai eu des opportunités de partir dans d’autres clubs plus prestigieux mais je suis resté parce que c’est un club super. 

 Jérémy : J’ai failli signer au PUC avant d’arriver sur Paris mais j’ai signé au club d’à côté. Après 5-6 années, où je m‘occupais des filles, le club n’offrait plus un cadre satisfaisant aux joueuses. Lisa, qui est dans l’équipe, m’a dit que le PUC créait une deuxième équipe. Alors, j’ai ramené certaines des filles dans le club et on a retrouvé les valeurs que je ne retrouvais plus là-bas.  

 

Avez-vous déjà entraîné des équipes seniors hommes ?  

 J : Non, j’ai seulement eu les minimes lorsque j’étais dans le sud de la France.  

 P : Non, c’est bête un homme. C’est plus intéressant de coacher des femmes. 

 

En quoi est-ce plus intéressant ?  

 P : Il y a une dimension pédagogique différente chez les filles qui est beaucoup plus importante que chez les garçons. Si tu dis à un homme : prends la balle et rentre dans le mur, il va le faire sans poser de questions. Si tu dis à une fille la même chose : elle va te demander pourquoi tu veux qu’elle rentre dans le mur et comment. Il y a un travail d’explications qui est plus intéressant.  

 J : Il y a plus de rigueur chez les femmes. Quand nous leur donnons des directives, elles sont plus appliquées. Que ce soit dans le collectif, au niveau des horaires et des présences, elles sont plus impliquées et c’est plus plaisant.  

 

Quel sont les objectifs pour vos équipes ? Cette année et en général ?  

 P : Nous sommes en pré-régional (1ère division départementale), l’objectif est de monter en régional. 

 J : Le futur de l’équipe 2 dépend de celui de l’équipe 1. Tant que l’équipe 1 ne monte pas, on ne peut pas prétendre monter en pré-régionale (ndlr : l’équipe 2 est en départementale 2). Hormis gagner un maximum de matchs et se faire plaisir, on ne peut pas faire plus. Il faudrait faire une équipe 3 féminine pour pouvoir avoir l’ambition de faire monter tout le monde. Mais, c’est un projet sur du long terme.  

 P : Nous pourrions aussi créer une équipe loisir pour les filles qui veulent juste pratiquer et pas forcément faire des matchs.  

 

Que pensez-vous de la visibilité du basket féminin ?  

 J : Dans nos tribunes, il y a beaucoup de monde, plus que chez les hommes. En professionnel, il y a un grand projet de basket au Paris Basket pour les hommes. Pour les filles, il n’y a pas ce projet : c’est dommage.  

 P : Chaque année, nous avons environ une dizaine de filles qui viennent pour faire des essais. Mais, nous sommes obligés de faire un choix car nous n’avons pas assez de places pour les accueillir. Et, on ne peut pas non plus accueillir les débutantes.  

 J : Le problème est le manque de place. On « recale » des filles chaque année et ça nous gêne. On fait l’effort car au PUC, il y a deux équipes féminines mais certains clubs n’en ont pas. La différence avec les hommes, c’est qu’il y aura toujours de la place chez eux. 

 

Pensez-vous qu’il y aurait plus de visibilité sur les équipes de basket féminines si les médias en parlaient ?  

 J : Le projet d’avoir 50 % de sport féminin dans les médias, je n’y crois pas même si les filles ont autant leur place dans les médias.  

 P : Ce ne sont pas nos problèmes car ce sont deux choses différentes : nous sommes dans une optique de progression, eux de performance. Notre objectif, c’est de bien se faire voir pour que les filles viennent dans un groupe sympa.  

 

Lucie Deslandes