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Le PUC au féminin : Interview croisée d’Alma Draeger, 20 ans et Lucie Ferreira Rocha, 18 ans, escrimeuses au PUC

* à gauche de la photo : Lucie Ferreira Rocha ; à droite : Alma Draeger

Comment avez-vous découvert l’escrime ?  

Alma : Mes parents m’ont inscrite à 6-7 ans. J’ai très longtemps fait du tennis et de l’escrime mais à la fin du collège, j’ai dû choisir 

Lucie : J’ai commencé à 7 ans. C’est mon père qui voulait que je fasse de l’escrime alors que je faisais déjà de la danse. Fin collège, j’ai dû choisir aussi.  

Depuis combien de temps êtes-vous au PUC ?  

A : Depuis une dizaine d’années. Avant, j’étais dans un petit club à Montrouge. J’ai changé car la structure est plus importante ici. Ici, c’est comme une famille. 

L : C’est le début de ma quatrième année. Moi aussi, j’étais dans un petit club. J’ai changé parce que Richard (mon entraîneur actuel que je connaissais avant) m’a proposé de rejoindre le PUC où le niveau est meilleur. Je commençais aussi à ne plus m’entendre avec la maître d’armes. Avant, je faisais mes déplacements avec ma maître d’arme ou ma mère. J’étais toujours seule et j’enviais les clubs où ils faisaient les déplacements à plusieurs. Quand je suis arrivée, cela m’a changé au niveau des déplacements, c’est plus agréable.  L’ambiance est “cool”, il n’y a pas de conflit. 

Quel est votre spécialité (sabre, épée, fleuret) ? 

A : Nous sommes toutes les deux à l’épée. Dans mon autre club, je faisais du fleuret mais il n’y avait que le sabre et l’épée quand je suis arrivée au PUC. J’ai choisi l’épée car c’est ce qui se rapproche le plus du fleuret. Il n’y a plus que l’épée au PUC mais tous les clubs sont obligés de choisir une spécialité pour l’organisation des heures de cours et pour faciliter le travail des maîtres d’armes. 

L : J’ai aussi fait du fleuret avant. À dix ans, je suis passée à l’épée car dans mon ancien club, nous étions obligés. Si nous voulions continuer le fleuret, il fallait changer de club.  

Quelle est la différence entre le fleuret et l’épée ?  

A : La surface valable pour les touches est la plus grande différence : il n’y a que le buste au fleuret.  Cela nous oblige à viser une certaine partie du corps seulement. Pour l’apprentissage, le fleuret est l’arme idéale mais le système de priorité des points est plus difficile à comprendre. 

Avec l’épée, on peut toucher tout le corps et on peut avoir une touche simultanée, ce qu’il n’y a pas avec les autres armes. Pour les spectateurs, c’est plus compréhensible.  

Combien avez-vous d’entrainements par semaine ?  

L : S’il n’y a pas de compétition, il y a 3 séances d’assaut. Ce sont des séances où les escrimeurs s‘affrontent tous à tour de rôle.  Sinon, il y a 2 leçons et une préparation physique générale. 

À combien de compétitions par mois participez-vous ?  

A : Cela dépend. Ce mois-ci, j’ai participé à 4 compétitions car c’était un gros mois (Coupe du Monde et circuits nationaux). Mais heureusement, il y a des mois plus calmes 

L : Cela dépend aussi des mois. En début d’année, les compétitions s’enchaînent. En janvier-février, il y en a moins car c’est la saison internationale. 

Quelles études faites-vous ?  

A : Je suis étudiante en licence de mathématiques-informatique à Paris Dauphine. Je fais partie d’un programme aménagé, “Le Parcours Talents”, où les étudiants font leurs deux premières années en trois ans afin d’obtenir leur licence en 4 ans. Cela me permet d’avoir plus de temps pour l’escrime. 

L : Je suis en première année de STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives). 

Comment arrivez-vous à gérer les entraînements et les cours ?  

A : Selon les compétitions et les déplacements, il faut arriver à optimiser son temps au maximum. Lorsqu’il y a des compétitions le week-end, lorsque l’on rentre, il faut rattraper ses cours.  Il faut accepter les sacrifices à tour de rôle entre les cours et l’escrime.  

L : C’est surtout la vie sociale qui prend. Par exemple, sortir un vendredi soir, s’il y a une compétition le week-end, ce n’est pas une bonne idée (rires). 

Si vous deviez faire un choix entre les cours et l’escrime, quel serait-il  

A : Je n’ai pas eu de problème pour l’instant car mon parcous est adapté à la pratique du sport de haut niveau.  

L : Ma formation (STAPS) est aussi très tolérante. Richard (notre entraîneur) aussi est compréhensif. Quand nous avons des examens, il préfère que nous révisions plutôt que l’on vienne à l’entrainement. 

Quels sont vos objectifs concernant l’escrime ? 

A : C’est une question difficile (rires). Je suis quelqu’un d’émotionnel, j’aime que tout soit parfait mais ça ne peut pas l’être dans le sport. À court terme, c’est de prendre du plaisir et de dédramatiser les défaites. Cette année, j’ai encore une internationale, ma dernière dans la catégorie jeunes, l’idée serait de performer pour ma dernière dans cette catégorie. Pour l’instant, les Jeux Olympiques, c’est une autre dimension. Il faut d’abord trouver l’équilibre entre les cours et l’escrime.  

L : Pour moi, la saison à l’international est finie. Je me concentre sur l’année prochaine pour essayer d’être sélectionnée sur toutes les Coupes d’Europe et les Coupes du Monde. Il me restera une année en M20 et sénior c’est un autre niveau. À long terme, je rêve aussi des Jeux Olympiques.  

Lucie, tu es encore en catégorie M20. Alma, tu es maintenant en sénior. Comment passez-vous de la catégorie M20 à senior ?  

A : Lorsque nous arrivons dans la dernière année de notre catégorie, nous commençons à participer aux compétitions de la catégorie au-dessus pour se préparer et voir la différence de niveau. Mais ce sont toujours les maitres d’armes qui choisissent à quelles compétitions nous participons. Si les compétitions s’enchaînent trop, nous pouvons aussi décider de ne pas aller à telle ou telle compétition mais ses choix peuvent être pénalisants. 

Vous faites aussi des compétitions avec l’Équipe de France. Comment êtes-vous sélectionnées  

L : Selon nos résultats sur les circuits nationaux.  

A : Si nous faisons aussi de bonnes performances à l’international, nous pouvons être sélectionnées pour les Championnats du Monde ou d’Europe.  

Auriez-vous préféré que ce soit une femme qui vous entraine ?  

L : Dans mon ancien club, je m’entrainais avec une femme. J’ai changé de club parce que je ne m’entendais pas avec elle. Elle était gentille mais lorsque ce n’était pas assez bien, elle pouvait être un peu dure. Quoi qu‘il en soit, il y a très peu de femmes qui entraînent sur le circuit. Je n’en vois que deux 

A : Cela dépend, je pense, de la relation que l’on construit avec son entraîneur, je ne pense pas que cela change énormément. 

Les compétitions sont-elles mixtes 

L : En M20 oui car les compétitions se font au même endroit. En sénior, même lorsque c’est au même endroit, il faut faire deux groupes car c’est trop compliqué à organiser.  

L’escrime est-il autant accessible aux femmes qu’aux hommes 

A : C’est l’un des sports les plus mixtes. Nous n’avons pas les mêmes compétitions car au niveau physique, il y a une différence. Mais à l’entrainement, nous sommes tous mélangés.  

L : Lorsque je suis arrivé dans mon premier club, il y avait autant de filles que de garçons.  

A : Il y a deux ans, au PUC, il y avait plus de filles que de garçons.  

Est-ce possible de devenir escrimeur professionnel ?  

A : Même les meilleurs de France ne peuvent pas gagner leur vie avec l’escrime. Ce n’est pas un sport très médiatisé donc il est difficile d’avoir des sponsors. Ysaora Thibus (huit fois championne de France) a fait le pari de se consacrer entièrement à l’escrime en prévision des Jeux Olympiques de 2020. 

Vous faites toutes les deux parties du programme « PUC Performance » ? En quoi cela consiste-t-il ?  

A : C’est un programme qui accompagne certains jeunes licenciés du PUC (tous sports confondus) dans leur parcours sportif. Cet accompagnement, notamment financier, me permet d’acheter mon matériel d’escrime (une épée coûte environ 130 €) et de payer mes repas lors des compétitions. Cet investissement de la part du PUC est un gage de confiance et je leur en suis très reconnaissante.  

L : L’aide financière du programme m’aide aussi à acheter mon matériel et de payer en partie les déplacements en compétitions avec ma mère.  

Quels seraient les outils, selon vous, pour que l’escrime soit plus connue du grand public ?  

A : La pratique reste très floue, il faudrait déjà l’expliquer plus simplement. Le public trouve que c’est beau à regarder mais ils ne comprennent rien : la plupart du temps il ne regarde que pendant les Jeux Olympiques. Je pense qu’il y a beaucoup de potentiel dans la médiatisation de ce sport.   

L : L’escrime n’est pas un sport très accessible. Cela demande un financement important. Quand nous commençons, la licence ne coûte pas cher et les clubs prêtent le matériel mais lorsque nous grandissons, il faut être prêt à mettre beaucoup d’argent dedans.

Lucie Deslandes