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Le PUC au féminin : Interview de Charlène, ailière droite dans l’équipe SF1 de handball

Comment as-tu découvert le handball ? Depuis combien de temps le pratiques-tu ?   

Avant de faire du handball, j’ai fait du tennis. Je voulais faire un sport collectif, j’en avais assez du sport individuel. Mes sœurs pratiquaient le handball et j’étais souvent dans les gymnases alors j’ai tenté. Je joue au handball depuis 13 ou 14 ans, j’ai commencé dans le sud de la France. J’ai continué lorsque je suis arrivée à Sciences Po. 4 de mes coéquipières actuelles jouaient avec moi à l’université.   

À quel poste joues-tu ?   

Je suis arrière droite. Concrètement, le jeu est mené par la demi-centre et sur ses deux côtés, il y a les deux arrières qui vont “shooter”. Ce n’est pas mon cas car je mesure “à tout casser” 1m60. Mon objectif est de passer la défense pour tirer au 6m ou libèrer à mes ailières qui vont être les finisseuses.  
 
Comment es-tu arrivée à ce poste ?   

Jusqu’au lycée, je jouais demi-centre. Ailière, je n’y arrivais pas. À Sciences po, Camille (ndlr : Camille Sedano, joueuse dans l’équipe SF1), qui est encore plus petite que moi, ne pouvait pas jouer arrière. Voulant jouer avec elle, j’ai choisi l’arrière droit et cela m’a plu.  

Comment définirais-tu le handball ?   

Sport et copines. Quand on commence, on vient pour le sport. Et ensuite, on découvre l’esprit handball et l’esprit collectif au sein d’une équipe. On se fait des amies, on grandit ensemble. Aujourd’hui, à notre niveau, on allie les deux. On joue en N3, on vient pour faire des compétitions et les gagner. Par contre, on est aussi un groupe qui marche bien.   

Qu’est-ce que l’esprit handball pour toi ?   

C’est un sport de combat où il faut être capable de prendre des coups pour ses coéquipières et son équipe, de se battre jusqu’à la fin du match. Ce week-end (ndlr : 2 février), nous étions menés de 4 buts à 4 minutes de la fin. On arrive à revenir alors que c’est rare.   

Vous avez fini les phases de qualifications. Quel est l’objectif maintenant ?  

En N3, il y a deux poules de 8 équipes : les 4 premières se rencontrent pour les playoffs (qui va monter ?) et les 4 dernières se rencontrent pour les plays-downs (qui va descendre ?). Nous sommes dans la poule des plays-down mais plutôt bien classées car nous avons fini cinquième de notre poule. 
L’objectif maintenant, c’est de se maintenir en N3.  
 
Qu’est-ce qui sera le plus dur en cette fin de saison ?   

La fin de saison, c’est toujours compliqué. Les organismes sont fatigués donc les risques de blessures sont plus importants. En playdowns, il y a plus d’enjeu car tout le monde peut descendre. Il faudra avoir plus de mental que nos adversaires pour aller les gagner. 
Autre gestion et pas des moindre : les jours fériés et les ponts. Il faut arriver à concilier les deux et faire en sorte que tout le monde soit là. L’objectif, c’est d’avoir au moins 12 filles à chaque match.  

Que penses-tu de la faible visibilité du handball féminin  

Je trouve cela problématique qu’il n’y ait pas plus de handball féminin à la télé. Mais, comme dans la majorité des sports, on voit moins les filles. Ça se développe : le rugby féminin est retransmis sur France 2, comme les garçons. Mais, il faut continuer à se battre pour qu’on ait plus de visibilité, c’est ce que font les joueuses à haut niveau. Je pense que c’est tout aussi intéressant de regarder les filles que les garçons. Et, il y a les Jeux Olympiques cette année qui va nous apporter de la visibilité.   

Que manque-t-il pour qu’il y ait plus de visibilité sur le sport féminin, selon toi ?    

Il faut que les équipes féminines soient diffusées. Sur le dernier championnat d’Europe (en 2018), beaucoup de personnes ont regardé les matches donc nous savons que lorsque c’est diffusé, ça marche. Il faut pousser l’exposition des sports où l’on gagne, et rester performant à haut niveau pour que le public continue à regarder et s’y intéresser.   

Comment gères-tu les entraînements ?   

Il y a des sacrifices à faire. On joue en N3, on sait que le mercredi et le vendredi, nous allons à l’entraînement et que le samedi soir, il y a match.  Mais, ce ne sont pas réellement des sacrifices car j’en ai envie, j’en ai besoin. Les entraînements sont assez tard la semaine pour que ça ne me gêne pas au niveau de mon travail.   

Que penses-tu de l’ambiance au sein de l’équipe ?   

J’ai joué dans d’autres clubs en région parisienne et la grande force de cette équipe, c’est la tolérance. Nous sommes très respectueuses entre nous, même dans les moments difficiles. Nous sommes très solidaires, ce qui n’est pas toujours le cas dans le sport. Nous avons une même vision sportive et sociale, ce qui créée une bonne homogénéité au sein du groupe. Arrivées à nos âges (en moyenne, plus de 25 ans), le côté social du sport est très important.  

L’équipe SF1 d’handball est entraînée par Vincent. Aurais-tu préféré être coachée par une femme ?   

J’ai déjà été entrainée par des femmes. Ce qui m’intéresse, c’est juste d’être entraînée par des personnes compétentes. Le sport féminin est différent dans la gestion émotionnelle. C’est au coach de s’adapter et de comprendre les différences entre les personnalités.   

As-tu déjà pensé à passer en professionnel ou de devenir coach ?   

Je pense que chacune de nous y à rêver, lorsqu’on est adolescente. Mais, très vite il y a une sélection naturelle qui se fait et dans mon cas, j’étais trop petite pour devenir “pro” à mon poste. Je n’ai jamais pensé entraîner car il faut du temps (que je n’ai pas) et je félicite toutes les personnes qui le font car cela prend énormément de temps. Un jour, pourquoi pas mais pour le moment non. J’ai trop peur de faire les mauvais choix tactiques.   

As-tu déjà été critiqué pour ta petite taille ?   

Au sein de l’équipe, on se « taquine » car nous avons la particularité d’avoir des joueuses de petites tailles. Parfois, certaines filles dans les équipes adversaires font deux têtes de plus que nous, ça nous amuse mais ce n’est pas un désavantage car nous sommes plus rapides et plus agiles.  

Adolescente, j’ai passé les sélections pour intégrer les Pôles Espoirs. Lors des présentations des joueurs, ils affichaient les critères sur les écrans : le sens de jeu, la vision tactique et la taille. Lorsque j’ai vu cela, j’ai su que c’était fini pour moi.  

Il y a des petites joueuses en handball, simplement, elle ne joue jamais à mon poste. Je n’ai pas voulu être à ces postes où la petite taille n’est pas gênante car je ne suis pas doué à ces postes-là.  

Veux-tu rajouter quelque chose ?  

Venez nous voir pour les playdowns parce qu’on va avoir besoin de monde dans les tribunes. 

 

Lucie Deslandes