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Le PUC au féminin : Interview de Wahiba, 31 ans, professeure d’EPS et demi d’ouverture dans l’équipe sénior féminine de rugby :

Quand as-tu commencé le rugby ?  

Cela fait 10 ans que je joue au rugby. J’ai commencé à Bobigny lorsque j’ai débuté ma licence STAPS. J’ai eu un enfant il y a 2 ans et mes ambitions rugbystiques ont changés. J’ai découvert que le PUC était à 10 minutes de chez moi alors j’ai sauté sur l’occasion pour gagner du temps avec mon petit. Je voulais jouer au rugby en me faisant plaisir avec toujours une certaine exigence, mais pas de haut niveau. Bobigny est une équipe qui joue à XV, dans le TOP 16 maintenant.  

Quelle est la différence entre le rugby à X et celui à XV  

J’ai pratiqué du XV et du VII à BobignyJe suis plus à l’aise en rugby à VII et cela est assez similaire au rugby à X. À X, il y a plus d’espaces, c’est une configuration dans laquelle je m’adapte mieux 

Quel est ton profil de jeu ? 

J’ai fait 18 ans d’athlétisme avant de faire du rugby. Quand je suis arrivée dans le monde de l’ovalie, je ne comprenais rien aux règles mais je courais vite. Au fil du temps, j’ai perdu la vitesse au profit du jeu. Dans les intervalles, au rugby à X, j’ai la possibilité de me faire plaisir surtout avec cette équipe où les filles sont rapides dans les courses. 

Quel est ton poste ?  

Je suis numéro 10 donc à l’ouverture. C’est un poste avec une grosse responsabilité. À Bobigny, je jouais à l’aile ou à l’arrière et la dernière année, je jouais en 10 donc j‘essaye encore de m’acclimater à ce poste. J’essaye de faire les choses bien et de proposer des solutions aux filles mais c’est elles qui diront si elles se sentent bien avec moi à ce poste.  

Comment as-tu découvert le rugby ?  

J’ai rencontré Marc-Henri, un de mes professeurs en STAPS qui entraînait à Bobigny. C’est lui qui a changé ma vision du rugby et m’a converti à ce sport. Il m’a beaucoup apporté sur le plan humain et rugbystique, c’est une très belle personne et un grand ami. 

Tu es arrivée cette année dans l’équipe. Comment vois-tu la construction de l’équipe en tant que nouvelle arrivante  

Il y a différents types de filles : des nouvelles qui débutent, des nouvelles avec un peu d’expérience et des nouvelles initiées. Le tout s’accorde bien car les coachs font un bon travail : ils arrivent à faire jouer les filles chacune à leurs niveaux. Nous avançons toutes ensemble vers un projet commun : être championnes à la fin de l’année. Sur du moyen/long terme, c’est de passer en rugby à XV et de performer dans cette catégorie. 

Tu te projettes au sein de cette équipe, tu te vois continuer longtemps au PUC ? 

J’aimerais bien mais à 32 ans il y a d’autres paramètres qui entrent en jeu. Mais, si je dois continuer le rugby, oui, je continuerais au PUC 

La pratique du rugby est un loisir pour toi. Est-ce que tu l’enseignes aux élèves en tant que professeur d’EPS  

J’enseigne au collège et au lycée. J’en ai fait avec certains élèves mais je pense qu’il faut s’adapter à son public. Je suis actuellement dans un établissement REP+ (Réseau d’Education Prioritaire renforcéoù il faut avoir une autre approche du rugby, qui est considéré comme un sport de combat. Mais j’essaye toujours de développer un esprit collectif et de compétition. 

Parles-tu de rugby autour de toi ? Essayes-tu de faire bouger les choses au sein des établissements où tu enseignes ?  

Mes collègues n’ont pas trop le choix (rires). Par exemple, nous avons organisé un événement qui s’appelle “Planète ovale” car j’ai à cœur de faire découvrir la pratique rugby aux enseignants comme aux élèves. Ma sœur, professeure et ancienne joueuse de rugby, en parle aussi. C’est important pour nous parce que nous sommes beaucoup attachées à cette pratique. Je n’ai pas la prétention de dire que nous allons changer les mentalités, nous ne sommes pas magiciennes mais je pense que nous contribuons à quelque chose.   
J’essaie de développer cette culture rugby dans les établissements où je travaille, en emmenant les élèves voir des matchs, par exemple. Lorsque j’ai joué pour l’équipe du Maroc, en rugby à 7, les élèves étaient contents de voir le maillot de l’équipe et ils se sont renseignés. Tant que je peux faire la promotion du rugby, je le fais. 

Joues-tu encore pour l’équipe du Maroc  

J’ai été sélectionnée pour la Coupe d’Afrique au Botswana, il y a deux ans. Ils m’ont appelé cette année mais trois jours avant le début de la compétition. Je suis enseignante et j’ai un enfant : je ne pouvais pas m’absenter. Mais j’ai encore à cœur et la motivation pour postuler en équipe nationale 

Quel est le sentiment de jouer à l’international, pour un pays  

Je peux faire la promotion du rugby féminin et c’est bien. Le sentiment personnel est incroyable même si je suis obligée de laisser mon petit à la maisonC’est génial de défendre les couleurs d’un pays, l’équipe s’arrache et on essaye de repousser la fatigue ensembleJ’aimerais que cela aboutisse à quelque chose, que la pratique féminine bénéficie de plus de visibilité.  

Par rapport à cette visibilité du rugby féminin, qu’est-ce qui, selon toi, pourrait faire bouger les choses ?  

Il serait temps que les médias fassent confiance aux pratiques sportives féminines, pas que le rugby. Les sponsors aussi, que ce soit pour les grandes ou les petites équipes et dans tous les sports féminins. 

As-tu déjà eu des élèves qui ne voulaient pas faire du rugby car ils pensaient que c’était trop violent ? 

Oui, j’en ai eu mais tout est matière à réflexion et au dialogue. Le fait que j’ai un statut de femme et d’enseignante qui pratique du rugby, cela aideLa première approche est difficile car cela étonne que je fasse du rugby. Mais j’arrive plus facilement à gagner la confiance des parents et des élèves qu’un collègue homme, par exemple. Je casse l’image du rugby comme étanun sport dur. Mais je n’ai jamais rencontré de parents totalement opposés à la pratique. C’est même plutôt l’inverse : des filles qui me demandent où pratiquer.  

Tu as uenfant, tu es professeur : comment gères-tu les entraînements et les matchs ? 

Je fais des sacrifices. Le mardi soir, je ne vais pas à l’entrainement car je travaille tôt le mercredi. J’ai aussi besoin de voir mon fils et si le rugby doit passer en second plan, ce sera le cas. Mais, les coachs et les copines sont au fait de la situation et sont très compréhensifs 

Que penses-tu de la dynamique de l’équipe ?  

Nous sommes très bien et ce n’est pas fini. Nous avons perdu une fois contre Marcoussis mais c’est une erreur de parcours et nous allons corriger cela très rapidement (ndlr : interview réalisée le 30 janvier, rencontre contre Marcoussis le 2 février)L’objectif est clairement d’aller en finale cette année : il faut être sans prétention et ne pas avoir de complexe d’infériorité. Nous avons une belle équipe avec des nouvelles qui apprennent vite et des anciennes soudées.  Je ne suis pas inquiète, on a des qualités individuelles et collectives. Il va falloir qu’elles soient costaudes en face parce qu’on a un bon collectif et un joli banc, des filles qui veulent progresser et gagner.  

Que penses-tu de l’ambiance au sein de l’équipe et du club ?   

Ce n’est pas la même approche qu’à Bobigny où il faut être là à tous les entraînements et où tout le monde joue sa placeC’est axé très compétition et c’est bien mais je ne suis plus dans cet esprit-là. J’ai trouvé ici, au PUC, un groupe plus détendu mais toujours axé sur la performance. Chacune a ses obligations et tout le monde respecte les obligations deautres.  Mais lorsqu’on entre en situation de match, tout le monde a son masque de guerrière. Je me sens bien dans ce groupe car les matchs et les entraînements se passent bien, les troisièmes mi-temps aussi (rires)J’ai un statut particulier en termes d’âge et de pratique mais les filles m’ont fait confiance rapidement et on ne peut pas rêver de meilleures inclusions dans un groupe. 

Aurais-tu aimé être entraînée par une femme, plutôt que deux hommes ? 

Je ne sais pas. J’ai déjà été entraînée par des femmes et c’est une autre approche. Sébastien et Vincent (les deux entraîneurs) ont une très bonne compréhension du public féminin. C’est une gestion différente et ils s’adaptent bien. Vincent est dans le côté technique, dans l’organisation alors que Sébastien a plus cet esprit “de la gagne” : ils se complètent bien et nous comprennent parfaitement. 

Quelle est, alors, la différence d’être entraîné par une femme ?  

Les entraîneurs féminines sont souvent plus douces, moins frontal que les entraîneurs masculins. Tout est dosé en termes d’interventions et elles peuvent plus facilement se faire manger. 

 

Matchs en janvier :  

Les violettes sont entrées, ce 12 janvier, dans les phases de qualification du Championnat Régional à X. Après avoir gagné leurs deux premiers matchs contre les ententes Créteil/Choisy (22-0) et Vélizy/Meudon (41-7), les violettes devaient affronter les ententes Beauvais/Clermont et Noisy-le-Grand/Vincennes/Fontenay/Neuilly-sur-Marne. L’équipe de Beauvais/Clermont ayant déclaré forfait, les pucistes gagnent ce match 25-0. Les violettes ont donc réalisé trois mi-temps contre Noisy : 46-10 sur les deux mi-temps et 62-25 en comptant la troisième. 

Ce 2 février, les violettes ont battu Marcoussis (24-14), leur bête noire et première du championnat l’année dernière. Elles gagnent aussi leur match contre Aulnay 25-0 (ces dernières ont déclaré forfait). 

Lucie Deslandes