82362787_1353287574856286_670569923914760192_o

Interview de Gaby, joueuse en équipe senior de rugby

* Gaby : à gauche sur la photo, avec le ballon.

 

Gabriela « Gaby » est colombienne, elle est arrivée en France il y a 6 ans pour ses études à Sciences Po.

Quand as-tu commencé le rugby ? Comment l’as-tu découvert ?

J’ai commencé le rugby lors de mon échange à Rio en 2016, lors des Jeux Olympiques. J’ai remarqué que des filles s’entrainaient sur la plage en bas de chez moi. Une amie jouait dans l’équipe alors j’ai essayé. J’ai eu de la chance que l’entraîneur et le directeur du club soient français. En rentrant en France, j’ai joué au Stade Français car certaines de mes amies faisaient partie du club. Et je suis arrivée l’année dernière au PUC.

Pourquoi as-tu quittée le Stade Français ?

Clémence Salio (qui a beaucoup poussé les féminines lors de la création de l’équipe) m’a parlé du projet. J’ai fait une séance d’entraînement et je suis restée un peu au Stade Français. Mais, l’ambiance me plaisait beaucoup au PUC ainsi que la façon d’entraîner.

Au Stade Français, tu jouais à XV. Est-ce le format à X qui t’a aussi attirée ?  

Le X, c’est différent et je n’en avais jamais fait. J’ai pratiqué du VII au Brésil. J’ai eu du mal à me retrouver dans mon poste car je suis 3ème ligne (ndlr : poste qui disparaît au rugby à X). Mais cela m’a permis de travailler sur d’autres aspects de mon rugby. Je suis encore débutante et j’ai pu travailler les bases, les plaquages ainsi que la façon de se positionner. Cette année, je peux autant jouer à l’avant qu’à l’arrière et je me découvre des capacités que je ne connaissais pas.

Tu n’as pas de poste défini ?  

 Je me place là où on a besoin de moi. Je suis à l’aise en deuxième ligne comme à l’arrière et quel que soit le poste, je prends du plaisir à jouer.

Tu es arrivée l’année dernière. Comment décrirais-tu l’évolution de l’équipe ?

Il y a plusieurs choses. L’année dernière, il y avait un socle de 5 ou 6 joueuses qui avaient déjà un peu de rugby. Le reste, c’était des débutantes et beaucoup de filles ont mis du temps à s’inclure. L’année dernière, nous étions dans une phase de découverte du rugby, du sport collectif et des valeurs du club. Nous avons toutes plus de 18 ans avec des caractères bien différents qu’il faut apprendre à connaître. C’était une année un peu difficile, sur le plan sportif et humain. J’étais blessée en fin de saison dernière et lorsque je suis revenue, j’ai tout de suite vu la différence. Le groupe a grandi avec des filles de tous horizons et avec différentes expériences.

Vincent (l’un des coach) joue un grand rôle sur la construction de l’équipe. Il ne nous cloisonne ni dans un poste ni dans une attitude de jeu : on découvre toujours quelque chose.

Y-a-t-il une différence entre le rugby au Brésil et celui en France ?  

Au Brésil, il n’y a que du rugby à VII en féminine. Ce sont les conditions d’entraînements qui sont différentes : on s’entraînait sur la plage en semaine et le samedi, sur un terrain…horrible. Il y avait des cailloux partout et presque pas d’herbe. Je pense que toutes les égratignures que j’ai sont dû à ce terrain et non aux entraînements actuels (rires).

La visibilité du rugby est très faible au Brésil, elle l’est encore plus pour le rugby féminin. J’ai eu de la chance d’arriver l’année des Jeux Olympiques donc il y avait pas mal d’argent et de visibilité. Mais j’ai aussi vu après les JO et l’engouement était redescendu. Là-bas, les filles commencent le rugby très tard et ne le découvre que grâce au bouche à oreille, il n’y a pas de communication. Notre club avait la chance d’avoir des dirigeants français qui voulaient faire grandir la pratique du rugby au Brésil.

En France, il y a une explosion des licenciées grâce à l’Equipe de France féminine qui est performante et dont les matchs sont retransmis.

Que penses-tu de l’évolution du rugby féminin ?  

Ça avance beaucoup. Je pense que c’est en lien avec la professionnalisation du rugby masculin. Nous sommes sur la bonne voie mais il faut aussi entrer dans une phase de professionnalisation du rugby féminin. Au Stade Français, par exemple, des coéquipières n’ont pas pu participer au Tournoi des VI Nations car elles n’avaient pas assez de jours de congés au travail. C’est dommage car en plus d’être une expérience de vie, c’est aussi une potentielle source de revenus. Une femme qui fait du rugby doit être performante mais avoir un travail à côté, ce n’est pas la même chose que chez les hommes où la question de l’argent ne se pose pas car ils sont professionnels.

Si on veut arriver à un seuil d’égalité dans notre sport, il faut passer par la professionnalisation des joueuses et ça passe aussi par les droits télévisuels. Les clubs aussi doivent communiquer. Au PUC, par exemple, peut-être ouvrir une catégorie cadette dans le futur.

Si tu avais eu l’occasion de passer en professionnel, l’aurais-tu fait ?                                         

Je n’ai jamais perçu le rugby comme ça. J’ai commencé à 20 ans, la question ne se posait plus. J’ai toujours vu le sport comme un épanouissement personnel. J’ai eu la possibilité, au tennis, de jouer à haut niveau et j’ai fait le choix de ne pas le faire parce que je ne voulais pas me mettre de pression sur quelque chose qui me servait à me détendre. Je vois le sport comme un épanouissement personnel et non comme un objectif personnel.

Tu commences un nouveau travail la semaine prochaine en tant que consultante. Comment vas-tu gérer ce nouveau travail et le rugby ?

Je parle du rugby très rapidement en entretien d’embauche. Quand on me demande ce qui est important pour moi, je dis que j’ai trois piliers dans ma vie : l’épanouissement au travail, ma famille et l’épanouissement dans ma vie personnelle. Le rugby fait partie de la dernière catégorie. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas trouvé de complication à allier les deux car je suis très claire dès le début. Quand je suis engagée dans quelque chose, c’est pour de vrai et le rugby est très important pour moi.

Comment vois-tu la fin d’année pour ton équipe ?

Nous réalisons une très belle performance jusqu’à maintenant. Nous avons des filles cadres, comme Wahiba, qui nous aident beaucoup mais c’est avant tout une victoire collective. Nous avons toutes nos chances d’arriver en finale où une équipe pourrait nous challenger : Marcoussis.

Si vous allez en finale, penses-tu que ce sera contre Marcoussis ?

Je pense, oui. Nous n’avons pas encore joué toutes les équipes dans notre poule mais nous avons le niveau et encore 1 mois et demi pour nous préparer. On pensera au Championnat de France après.

L’équipe pourrait dans le futur passer au rugby à XV. Aurais-tu envie de passer à XV avec cette équipe ?

J’ai envie de tout faire avec cette équipe (rires). Si Vincent nous dit qu’on passe à XV, l’année prochaine, je signe. Mais, je suis consciente que c’est différent au niveau financier, que ce n’est pas le même championnat et que les mêlées et les touches sont réelles (ndlr : elles sont simulées au rugby à X). Si l’équipe réalise la même progression que l’année dernière en doublant l’effectif, c’est faisable. Mais, si nous restons à X, ça me va aussi.

Veux-tu rajouter quelque chose ?

Nous sommes une bonne équipe de copines : on s’entend aussi bien sûr qu’en dehors du terrain. Même lorsque nous avons des coups de sang sur le terrain, nous dépassons vite ça. Au niveau du club aussi : nous sommes mardi et je suis dans les locaux en train de prendre le goûter avec le président du rugby (rires). C’est très différent du Stade Français où j’avais peur de poser une seule question à mon coach. Même si le niveau n’y était pas, je pense que beaucoup de filles resteraient car il y a un bon esprit dans ce club.

 

 Lucie Deslandes